L’énigme du dragon

Le village de Tom se tenait près d’un labyrinthe, qui renfermait un terrifiant dragon. Selon la légende, celui qui résoudrait son énigme le dompterait. De nombreux aventuriers avaient tenté leur chance, mais aucun n’était jamais revenu.

Un jour, un magicien se présenta au village, et déclara qu’il possédait un sort qui terrasserait le dragon. Il s’engagea dans le labyrinthe, et comme les autres, on ne le vit pas revenir. On ne retrouva que son chapeau ramené par le vent. Cependant, la bataille avait dû être terrible, car à partir de ce jour-là, le dragon hurla à toute heure du jour et de la nuit. Les villageois, qui n’arrivaient plus à dormir, décidèrent que c’en était trop et menèrent une expédition.

Tom voulut y participer.

— Tu n’as que dix ans, lui répondit-on. Laisse faire les grands, bonhomme.

Mais Tom ne voulait pas laisser faire les grands. Pour son huitième anniversaire, son père lui avait offert une loupe, et depuis, il rêvait de devenir détective. Le travail d’un détective n’était-il pas de résoudre des énigmes ?

Il suivit en se cachant le groupe de villageois dans le labyrinthe.

Tom se cache des villageois

Ils avaient prévu de localiser le dragon grâce à ses hurlements, mais ceux-ci se répercutaient en échos sur les murs, et à la première intersection, le dragon semblait être à gauche et à droite en même temps.

— Allons à gauche, dit le chef des villageois.

Mais il n’y avait aucune raison pour cela, si bien qu’une heure plus tard, ils se retrouvèrent perdus.

Tom les rejoignit à ce moment-là, et leur proposa son aide. Avec sa loupe, il scruta le sol. Les traces du dragon étaient recouvertes par celles de tous les aventuriers dans un piétinement général. Alors, il examina les murs. Là, en regardant bien, il y avait une lézarde, et le garçon y découvrit une écaille. Le dragon était si gros qu’il rayait les murs en se déplaçant. Il suffisait de suivre la piste.

— Beau travail petit, reconnut le chef des villageois. Mais je ne peux pas te laisser aller plus loin. Le dragon ne ferait qu’une bouchée de toi. Attends-nous sagement ici.

Les hommes lui prirent sa loupe et continuèrent sans lui, tandis que l’un d’entre eux restait pour le surveiller. Mais Tom ne l’entendait pas ainsi. Dès que le groupe fut assez loin, il donna un coup de pied entre les jambes de son gardien, et s’échappa. En suivant les traces, il retrouva les villageois face au dragon.

Ce dernier était grand et fort, et il n’était pas blessé, contrairement à ce que laissaient supposer ses hurlements.

Le dragon devant Tom et les villageois

— Si vous voulez rester en vie, leur dit-il, il faudra répondre à mon énigme.

Le chef s’avança le premier et le dragon chuchota à son oreille. Après réflexion, l’homme donna sa réponse.

— Non, dit le dragon.

Et il le prit dans ses griffes, et le jeta contre un mur pour l’assommer.

Les autres villageois connurent le même sort, chacun à leur tour.

Tom se présenta le dernier. Il avait récupéré sa loupe dans la poche du chef.

— Voici l’énigme, dit le dragon.

Je n’en ai plus.

Sa queue forme un U.

En hiver, il sauve. En été, il tue.

Qui est-ce ?

Tom ne devinait pas, et avant que le dragon ne réagisse, il s’enfuit.

Le dragon le poursuivit.

Tom courait le plus vite qu’il pouvait. Il s’attendait à être rôti par un souffle du monstre, mais cela n’arriva point. Alors, il comprit, et se retourna en criant :

— Le feu ! Vous n’en avez plus à cause du magicien. Sa dernière lettre est le U. Il nous protège du froid l’hiver, et provoque des incendies l’été.

Le dragon s’arrêta brusquement, et poussa un soupir de tristesse.

— Bravo, dit-il. Je ne mangerai que les autres.

— Vous ne mangerez personne, répliqua Tom. En échange, je vous rendrai le feu.

— Et comment comptes-tu faire ? Tu ne connais rien à la magie.

— Emmenez-moi dans le ciel.

Le dragon lui accorda cette faveur à contrecœur.

— Accroche-toi bien, prévint-il, car si jamais tu me mens, tu tomberas de haut.

Ils planaient au-dessus d’un champ quand l’animal désigna un épouvantail qu’il voulait réduire en cendres. Ce dernier ressemblait étrangement au magicien qui l’avait privé du feu. Un paysan l’avait coiffé du chapeau retrouvé au village.

— Tournez le dos au soleil, ordonna Tom, et plongez sur votre cible.

Tandis que l’animal obéissait, le garçon attacha sa loupe aux cornes du dragon. Elle était désormais ficelée de telle sorte qu’on pouvait croire à un troisième œil.

Les rayons du soleil, concentrés par l’instrument, frappèrent l’épouvantail, qui se mit à flamber. Le dragon en versa une larme de joie.

— Est-ce bien moi qui ai provoqué un tel incendie ? demanda-t-il.

— Oui, lui répondit Tom. Même si les flammes ne sortent plus de votre bouche. Allons au Sud. J’aimerais découvrir le monde et ses autres énigmes.

Depuis, le dragon ne hurle plus de chagrin, et le village dort en paix. Tom a dompté l’animal, qui le transporte sur son dos au milieu des nuages. On les aperçoit parfois, laissant une traînée blanche dans le ciel d’été.

Fin

(Toutes les illustrations de cette page sont d’Agénor Le Ruyer)