La fille qui voulait une licorne

Il était une fois une fille nommée Noémie, qui habitait avec son père Jean, dans une maison isolée, sur le versant sud d’une montagne. Jean élevait des vaches et vendait leur lait en ville.

maison de Noémie

Noémie aidait son père à garder le troupeau dans les pâturages, et quand elle avait terminé, elle montait sur son cheval, Fola, pour une promenade sur les sentiers. Fola était l’être qu’elle aimait le plus après son père, et quand ils étaient seuls, elle lui racontait ses secrets dans le creux de l’oreille.

Noémie et son cheval

   Un soir d’orage, alors que Noémie et son père jouaient aux dominos près de la cheminée, on frappa à la porte. C’était un voyageur avec une grande valise qui demandait l’hospitalité pour la nuit. Ses vêtements étaient trempés et on les fit sécher près du feu tandis que Jean lui prêtait un pantalon et une chemise.

l'intérieur de la maison de Noémie

   — Que venez-vous faire ici ? demanda Jean. Il faut être fou pour randonner par ce temps.

   — Je chasse la licorne, répondit l’homme. J’ai entendu dire que l’une d’entre elles se cachait sur le versant nord.

   Noémie demanda ce qu’était une licorne, et le voyageur lui répondit que c’était le cheval le plus magnifique du monde, blanc comme la neige, et doté d’une corne droite au milieu du front.

   — Les licornes adorent le sucre, expliqua-t-il. C’est pourquoi j’ai plusieurs kilos de bonbons dans ma valise pour l’attirer.

   Après le souper, on se coucha, et la fillette rêva cette nuit-là qu’elle chevauchait une licorne.

   Le lendemain, l’homme repartit dans la montagne, et pour remercier ses hôtes, il leur donna l’un des sacs de bonbons qu’il transportait. Noémie n’en mangea aucun, ce qui étonna son père, et le soir, alors qu’elle revenait sur le dos de Fola, elle chuchota :

   — Allons sur le versant nord pour une fois.

   Ce versant était plus froid et plus sombre, et elle ne s’y aventurait jamais d’ordinaire, mais la licorne valait bien qu’on endure l’air glacé et l’obscurité. Bien que la nuit approchât, Noémie ne voulait pas rentrer. « Elle doit se cacher dans la forêt de pins », pensa-t-elle. Et elle s’y dirigea. Atteignant une clairière, elle descendit de Fola, et déposa le sac de bonbons dans l’herbe avant de se cacher derrière les arbres. Plusieurs heures s’écoulèrent sans que personne ne vint. Soudain, un bruit provenant des fourrés fit sursauter Noémie. Une silhouette apparut dans la clairière, et s’avança vers elle. Mais ce n’était pas une licorne, c’était un homme. Lorsqu’il fut à sa hauteur, elle reconnut le voyageur qu’ils avaient hébergé la nuit précédente.

   — Avez-vous trouvé la licorne ? lui demanda-t-elle.

   — Il n’y a pas de licorne ici, dit-il. J’ai fouillé ces bois en long et en travers. Je n’ai même pas remarqué de traces de sabots dans la terre fraîche. Je rentre chez moi.

   Noémie, quant à elle, ne voulait pas rentrer, et continua sa surveillance jusqu’à ce qu’elle s’endorme blottie contre un arbre. Au matin, elle vit Fola au milieu de la clairière qui mangeait les bonbons. Tandis qu’elle s’approchait pour l’empêcher d’engloutir son dernier espoir, elle remarqua qu’une corne commençait à pousser sur son front. Alors Fola s’adressa à elle.

   — Je suis la licorne, dit-elle. Ton père m’a trouvée il y a bien longtemps dans ces montagnes et je me suis laissée capturée par lui. C’était courageux de me chercher si loin, mais j’ai toujours été près de toi. Rentrons à la maison.

Fin

(Toutes les illustrations de cette page sont de Céline Bartoli)