Mon Monstre

Un jour, un monstre m’aborde dans la rue. Il est grand, fort et velu.

Et il me dit : « Je t’aime ».

Alors, moi, bien sûr, je ne veux pas le contrarier. Je lui donne la main. Mais je ne pense qu’à m’échapper.

Pendant notre promenade, on passe devant une boulangerie. Il me dit : « J’ai faim ». Alors, on entre. Je lui paie un croissant, et je me prépare à m’enfuir pendant qu’il le mange. Mais il l’avale tout de suite. « J’ai encore faim, dit-il, je mangerais bien n’importe quoi ». Je pense : « N’importe quoi, ça pourrait être moi ». Alors je lui achète toute la boutique. Il engloutit tous les pains et tous les gâteaux. Mais il me tient toujours la main. Et on ressort aussitôt.

Sa gorge est sèche. Maintenant, il a soif. Il m’entraîne dans une fontaine publique, où l’eau coule en continu. Et on repart, une fois qu’il a tout bu. Mais il s’est mouillé et il y a du vent. Alors il a froid.

Moi, j’ai une idée. « Je connais, lui dis-je, un endroit pour se réchauffer ». Je l’amène chez moi. Chez moi, il y a Papa qui va le chasser. J’ouvre ma porte et je crie : « Papa ! Papa ! Un monstre est avec moi ! ». Papa travaille dans son atelier au sous-sol. Il remonte l’escalier, et voit le pot de colle. Il dit : « Enchanté, Monsieur le Monstre ! » et il lui serre la main.

J’en reste bouche bée. Le Monstre, lui aussi, ouvre grand la bouche. Il baille aux corneilles. Ses paupières se baissent. Et il dit : « J’ai sommeil ».

Ah ! Ah ! Ça y est ! Je vais me débarrasser de lui. Je l’amène dans ma chambre et il va sur mon lit. Je lui raconte une histoire. Il dort. Je retire ma main. Je sors de la chambre. Je sors de la maison et je m’en vais très loin.

Très très loin.

De plus en plus loin.

Si loin que j’ai froid et que je suis perdu.

Si loin qu’il fait nuit.

Alors je trouve un carton près d’un supermarché. Je me mets dedans et je m’endors. Dans mon rêve, il y a le monstre. On fait un concours de lancer d’éclairs dans la boulangerie. On asperge les passants avec l’eau de la fontaine. On rentre à la maison et je m’endors contre lui.

Je me réveille.

Il est là et il me sourit.